Prière d’un petit enfant nègre

Prière d’un petit enfant nègre

Seigneur, je suis très fatigué

Je suis né fatigué

Et j’ai beaucoup marché depuis le champ du coq

Et le morne est bien haut qui mène à leur école.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école ;

Faites, je vous en prie, que je n’aille plus.

Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches

Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois

Où glisse les esprits que l’aube vient chasser.

Je veux aller pieds nus par les sentiers brûlés

Qui longent vers midi les mares assoiffées.

Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,

Je veux me réveiller

Lorsque là-bas, mugit la sirène des Blancs

Et que l’Usine

Ancrée sur l’Océan des cannes

Vomit dans la campagne son équipage nègre.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école ;

Faites, je vous en prie, que je n’aille plus.

Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille

Pour qu’il devienne pareil

Aux messieurs de la ville

Aux messieurs comme il faut ;

Mais moi je ne veux pas

Devenir, comme ils disent,

Un monsieur de la ville

Un monsieur comme il faut.

Je préfère flâner le long des sucreries

Où sont les sacs repus

Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.

Je préfère

Vers l’heure où  la lune amoureuse

Parle bas à l’oreille

Des cocotiers penchés

Ecouter ce que dit

Dans la nuit

La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant

Les histoires de Zamba

Et de compère Lapin

Et bien d’autres choses encore

Qui ne sont pas dans les livres.

Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.

Pourquoi faut-il de plus apprendre dans les livres

Qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici ?

Et puis

Elle est vraiment triste leur école,

Triste comme

Ces messieurs de la ville

Ces messieurs comme il faut

Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune

Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds

Qui ne savent plus conter les contes aux veillés

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école.

Guy TIROLIEN, Balles d’or,

Présence Africaine, Paris, 1961

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Charles Lebon
Charles Le Bon Vodounon est un blogueur togolais qui a rejoint @Mondoblog dans ses premieres heures. Ancien religieux seminariste de la Congégration Saint Jean Bosco, il est diplomé de l'Institut Supérieur de Philosophie et de Siences Humaines (ISPSH Don Bosco) et de l'Université de Lomé. Son texte majeur de fin de cycle porte sur Friedrich Nietzsche dont il ne cesse d'approfondir la pensée. Il vit actuellement aux Etats-Unis où il approfondie ses études. Bien qu'immergé dans une société Anglophone, il continue l'effort d'alimenter son blog en francais afin de rester proche de la communauté francophone dont il est issu et dont il reste le plus proche en matière des questions relatives au développement et aux droits humains. Son engagement au blogging est guidé par cette citation d'Anatole France: « J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.» Extrait de "Le Crime de Sylvestre Bonnard" (1881). Lorsque la Sagesse, par le temps qui court, s'attable avec la Corruption, Charles Le Bon nous invite sur son blog à questioner nos quotidiens et les équations qui se posent à nous tous au moyen de la Folie.
Charles Lebon

De Charles Lebon

Charles Le Bon Vodounon est un blogueur togolais qui a rejoint @Mondoblog dans ses premieres heures. Ancien religieux seminariste de la Congégration Saint Jean Bosco, il est diplomé de l'Institut Supérieur de Philosophie et de Siences Humaines (ISPSH Don Bosco) et de l'Université de Lomé. Son texte majeur de fin de cycle porte sur Friedrich Nietzsche dont il ne cesse d'approfondir la pensée. Il vit actuellement aux Etats-Unis où il approfondie ses études. Bien qu'immergé dans une société Anglophone, il continue l'effort d'alimenter son blog en francais afin de rester proche de la communauté francophone dont il est issu et dont il reste le plus proche en matière des questions relatives au développement et aux droits humains. Son engagement au blogging est guidé par cette citation d'Anatole France: « J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.» Extrait de "Le Crime de Sylvestre Bonnard" (1881). Lorsque la Sagesse, par le temps qui court, s'attable avec la Corruption, Charles Le Bon nous invite sur son blog à questioner nos quotidiens et les équations qui se posent à nous tous au moyen de la Folie.

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