Sexe et cuisine : Comment cuisiner son mari à l’africaine ?

En optant pour ce titre, qui d’ailleurs n’est pas de moi, d’une part je ne prétends aucunement livrer ou faire découvrir à des esprits superstitieux envers les coutumes et pratiques africaines, un certain secret culinaire féminin exotique, une sorte de potion érotique destinée au bonheur d’un mari.

D’autre part je ne prétends enseigner des recettes à des femmes soucieuses de garder pour elle seules leurs époux ou en mal de stabilité conjugale.

Même si c’est le cas, Calixthe Beyala l’aurait déjà fait. Car l’intitulé de cet article Comment cuisiner son mari à l’africaine ?, est le titre d’un roman de cet auteur Camerounaise dont je vous présente une lecture( Vous pouvez achetez ce livre en ligne à travers ces liens: Amazon, Evene ou Librairie le Divan).

Ce roman semble contribué à la résolution d’une préoccupation peut-être première sur l’échelle des difficultés des femmes : Comment garder son mari ou en amont comment arracher à une rivale un homme ?

Pour y arriver, Calixthe Beyala ne passe pas par quatre chemins. Pour elle, la gestion de la satisfaction sexuelle est l’une des clés fondamentales pour résoudre cette équation.

Aïssatou, personnage principale du roman qui se définissait comme « une négresse blanche » Beyala C. (2000 :21), revient d’une amère déception.

Malgré toutes ses forces pour s’incarner dans l’idée de la beauté blanche, Aïssatou n’a pas connu l’amour dans les délices de ses profondeurs. Après avoir « tenter de plaire aux hommes blancs », « forcer la volonté des pantalons à livrer combat pour l’admirer » en brimant son corps, garder « les fesses plates », « ne pas avoir de seins » p12, ne voit pas pour autant ses objectifs atteints :

Mais plus tard, lorsque mes amants fracassent mes espoirs sur le pare-brise de leurs voitures, parce qu’il est de l’amour comme du temps, ça va, ça vient, mon visage se déforme et un faisceau de haine jaillit de mes lèvres : « Salaud ! » Je tremble de colère. Ce n’est plus un homme que j’aime, mais le diable haut cornu avec sa queue, ses sabots et ses griffes de léopard. pp13-14

Mais pour échapper à ce cycle d’éternel retour espoir-désespoir qui conditionne l’amour des amants, et voyant l’impuissance des critères de la beauté blanche, il n’y a pour Aïssatou qu’une solution : « Revenir aux racines » p12

Ce retour aux racines, pour chercher un remède dans le cas présent, se résume en trois questions simples que la mère d’Aïssatou lui aurait demandées :

« – L’as-tu satisfait sur le plan sexuel ?….
– As-tu bien tenu ta maison ?…
-Lui as-tu préparé des bons petits plats ? » p14

Voilà donc de petites questions qui mettent côte à côte le sexe et la cuisine semblable à deux béquilles pour la stabilité et la pérennité d’un amour entre deux personnes.

Ce titre : Comment cuisiner son mari à l’africaine ?, devrait donc beaucoup plus s’entendre par : comment cuisiner à son mari pour réveiller sa libido au maximum tout en cuisinant son cœur pour ne battre uniquement pour soi.

La première démarche d’Aïssatou qui veut emprisonner Mr Bolobolo dans son cœur, fut d’aller rendre une petite visite au professeur Gambi, le marabout de la ville. N’est-ce pas qu’ « une africaine sans marabout est comme un navigateur sans boussole » ? p43

La « marabouterie » comme service spirituel porte les marques du divin où le miracle et la victoire sur le temps font office de l’ordinaire : « Retour dans 24 heures du Bien-aimé Affection immédiate. Fidélité à l’infini- Satisfaction sur le champ ou remboursé » p45

Mais suite à la visite d’Aïssatou, la divination du professeur-marabout Gambi semble beaucoup plus réaliste :

-Veux-tu savoir pourquoi tu n’es pas « amoureusable » ? p48
-T’es trop maigre en voulant te tailler sur la mesure de la beauté du pantalon blanc. Car « les culs plats ne plaisent pas aux hommes » p49 et
-Parce que vous les filles d’aujourd’hui, vous ne savez même pas cuisiner

Voilà donc deux bonnes raisons qui en sens contraire, ont permis à Maïmouna, la femme du marabout-professeur Gambi de rester la tête froide face à « ces gonzesses rentrant-venant, prétextant des soins » p49 chez son mari.

Savoir cuisiner, c’est donc savoir arracher un mari et le garder pour soi.

Le retour aux racines pour Aïssatou qui vit dans le pays des Blancs, sera de retrouver l’art de la cuisine africaine.

Un art qui réunit les mets les plus aphrodisiaques, que Beyala, entre deux chapitres de son roman, nous livre les secrets des recettes:

Des mets d’une puissance aphrodisiaque égale principalement à la métaphore des viandes qui les composent :

de Ngombo queue de bœuf (p84), au crocodile à la sauce tchobi, en passant par l’Antilope fumée aux pistaches sans oublier le Boa en feuilles de bananier (p101) ou encore le Porc-épic aux noix de mangues sauvages (p141).

Le jus de gingembre tient dans cette panoplie de recettes la dernière place non comme la moins importante des recettes, mais pour l’unanimité qu’on lui reconnaît en matière de dopage sexuel : « le jus de gingembre permet aux femmes de sonder les folies des hommes et d’exalter leur sauvagerie » p70

Pour Aïssatou, qui voulait à tout prix faire sienne au détriment de Bijou, la pauvre Blanche, amante du négrion Bolobolo, la voie est toute trouvée : cuisiner à l’africaine à Mr Bolobolo tout en le cuisinant pour une destination la plus attendu des femmes y compris les féministes : le mariage : « Il arrive toujours un moment dans la vie d’une femme où elle doit aimer le mariage plus que l’époux » p126

Quand Aïssatou dresse sa table, rien ne manque : « …il y a la salière, le poivrier, la porte cure-dents et même les bougies, tout ce qu’il faut pour éveiller l’appétit et dresser le bangala à midi pile » p119

Cette jeune femme qui se préoccupe beaucoup plus de son droit de sentir la verge de son amant entre ses jambes que les tergiversations non moins importantes, mais bavarde trop bavarde des féministes, n’a qu’un rêve : « je sens son odeur douce et suave entre mes cuisses qui se mêlent aux senteurs du porc-épic, aux mangues sauvages et du citron vert » p136

Décidé à arracher le sieur Bolobolo, ce qu’elle réussira d’ailleurs, Aïssatou déborde de détermination que de conviction commune à toutes les femmes à ces moments critiques où leur existence ne se joue que sur un « oui » d’un homme :

J’en ferai un amant à défaut d’un mari, me dis-je. Je vais le cuisiner dans une daurade aux piments rouges jusqu’à ce qu’il devienne mou de dedans, moelleux et fondant comme un chocolat au soleil, qu’il en perde le sens ! Qu’il éjacule ! Qu’il crève ! J’ai une illumination soudaine : comment cuisiner son mari à l’africaine sans perdre son âme ? p64

Mais au fil de son expérience de vie amoureuse fait de déboire et d’infidélité de Mr. Bolobolo qui courait toujours les plus belles filles, Aïssatou semble avoir trouvé un principe de juste milieu :
« Il y a des difficultés dans la vie que le meilleur porc-épic aux noix de mangues ne saurait aplanir » p140

Tel est le fil de lecture qui à tenu en haleine ma curiosité du début à la fin de ce roman.

Toutefois s’il est bon et même recommandable que les couples trouvent les moyens pour stabiliser et pérenniser leur union, il n’est pas aussi négligeable de se souvenir que « l’amour ne se place pas entre les jambes » ou encore que « l’amour ne se mesure pas à quelques soupirs au lit pendant cinq minutes » Kieslowiski K. Piesewicz K (1991 :259)

Bibliographie :
(N.B : J’ai adopté à une référence bibliographique simple dans le texte vu que le roman Comment cuisiner son mari à l’africaine, est presque le seul roman sur lequel porte cet article.)

Beyala Calixte, Comment cuisiner son mari à l’africaine ?, Paris, Editions Albin Michel S.A., 2000, p 157

Kieslowiski K. Piesewicz K., Le décalogue, récits, trad. du polonais par Malgorzata Smortag et Beata Canes-Boussard, Paris, Editions Ballan, 1991, p334 (achat en ligne de ce li
vre sur fnac.com)

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Charles Lebon
Charles Le Bon Vodounon est un blogueur togolais qui a rejoint @Mondoblog dans ses premieres heures. Ancien religieux seminariste de la Congégration Saint Jean Bosco, il est diplomé de l'Institut Supérieur de Philosophie et de Siences Humaines (ISPSH Don Bosco) et de l'Université de Lomé. Son texte majeur de fin de cycle porte sur Friedrich Nietzsche dont il ne cesse d'approfondir la pensée. Il vit actuellement aux Etats-Unis où il approfondie ses études. Bien qu'immergé dans une société Anglophone, il continue l'effort d'alimenter son blog en francais afin de rester proche de la communauté francophone dont il est issu et dont il reste le plus proche en matière des questions relatives au développement et aux droits humains. Son engagement au blogging est guidé par cette citation d'Anatole France: « J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.» Extrait de "Le Crime de Sylvestre Bonnard" (1881). Lorsque la Sagesse, par le temps qui court, s'attable avec la Corruption, Charles Le Bon nous invite sur son blog à questioner nos quotidiens et les équations qui se posent à nous tous au moyen de la Folie.
Charles Lebon

De Charles Lebon

Charles Le Bon Vodounon est un blogueur togolais qui a rejoint @Mondoblog dans ses premieres heures. Ancien religieux seminariste de la Congégration Saint Jean Bosco, il est diplomé de l'Institut Supérieur de Philosophie et de Siences Humaines (ISPSH Don Bosco) et de l'Université de Lomé. Son texte majeur de fin de cycle porte sur Friedrich Nietzsche dont il ne cesse d'approfondir la pensée. Il vit actuellement aux Etats-Unis où il approfondie ses études. Bien qu'immergé dans une société Anglophone, il continue l'effort d'alimenter son blog en francais afin de rester proche de la communauté francophone dont il est issu et dont il reste le plus proche en matière des questions relatives au développement et aux droits humains. Son engagement au blogging est guidé par cette citation d'Anatole France: « J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.» Extrait de "Le Crime de Sylvestre Bonnard" (1881). Lorsque la Sagesse, par le temps qui court, s'attable avec la Corruption, Charles Le Bon nous invite sur son blog à questioner nos quotidiens et les équations qui se posent à nous tous au moyen de la Folie.

8 Des réflexions sur “Sexe et cuisine : Comment cuisiner son mari à l’africaine ?

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  2. Hi hi hi! Charles, le confident des femmes qui veulent biens garder leurs hommes! Dis-moi, mon grand, peux-tu nous écrire à nous les mecs, un bouquin qui nous permettra de garder nos nanas qui prennent de nos jours trop de plaisir à nous doubler, hein? On en a besoin pour les garder à nous seuls.
    Amitiés

    • hahaha, David! toujours très imaginatif.
      Je pourrais écrire un livre de ce genre à condition que toi, tu ne le lise jamais.

      J’attends tes sévères critiques, puisque je me suis aventuré sur un terrain littéraire où tu es le meilleur.

      Amitiés!

  3. j’apprécie cette démarche des femmes à travers BEYALA qui vise à conserver leurs Hommes . Au lieu de vouloir aller d’homme à homme si les femmes se battent dans ce sens j’en suis fière.
    Cependant je ne suis pas trop pour les méthodes quelque fois surnaturelles qui sont utilisée par ces femmes pour s’arracher des maris. Les femmes sont très gourmandes et souvent elles arrachent les maris de leurs camarades par des moyens mystiques au grand désarroi des familles qui sont obligées de subir.

    • Salut Jean Baptiste,
      Peut-être que pour ces femmes dont tu parles, qui utilisent des méthodes surnaturels », la fin justifie les moyens!

      Mais dans le roman j’ai beaucoup apprécié le passage où Aïssatou s’est rendu chez le marabout Gambi. Là il y a beaucoup plus de réalisme: pas de décoction magique ou poudre à verser dans la bouillie de Mr Bolobolo; la divination du professeur-marabout Gambi semble beaucoup plus réaliste :

      -Veux-tu savoir pourquoi tu n’es pas « amoureusable » ? p48
      -T’es trop maigre en voulant te tailler sur la mesure de la beauté du pantalon blanc. Car « les culs plats ne plaisent pas aux hommes » p49 et
      -Parce que vous les filles d’aujourd’hui, vous ne savez même pas cuisiner.

      Moralité: pour conquérir un homme on à besoin de regarder chez soi les éclats qui ne brillent plus et d’être simple!

      Amitiés

  4. Faites chauffer un litre d’eau, ajoutez quatre tasses de persil haché, retirez du feu et laissez infuser une heure. Filtrez et réchauffez sans faire bouillir. Buvez environ vingt minutes avant d’aller sous la couette. L’histoire raconte qu’en Espagne, les bergers donnaient aux moutons de l’infusion au persil pour favoriser leur accouplement.

    • @aphrodisiaque,

      J’ai approuve ton commentaire. Cependant je tiens a dire a mes lecteurs que je me mefie toujours des decoctions dont je peut pas avoir la nette certification.
      Donc methode a prendre avec precotion.

      Amities!

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