Le Pape doit-il mourir Pape ?

Pope Benedict XVILa nouvelle est tombée ce 11 février comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Ce coup aurait été moins violent si c’était le décès du pape, qui, dans ce cas et trop souvent prévisible, obligeait les journalistes à attendre sous les fenêtres du saint homme en agonie avec micro, camera et bougie. Mais ce n’était pas le cas. Il s’agit de la démission du souverain pontife au sens de : « renoncer à sa charge ».

Il faut en réalité reconnaitre que cette violence de la nouvelle dans une proportion non négligeable, est due à une idéologie médiatique basée sur la fuite. Je plaisanterai bien en la nommant le « fuitisme » que je définirai volontiers comme  »publication d’informations importantes ou de bribes d’informations avant l’officialisation de celles-ci, par des medias en complicité ou non avec les sources officielles’’. Ce fuitisme repose sur un principe simple et psychosocial :  »avant que quelque chose n’arrive, nous devons le sentir par les medias. »

Mais la polémique avec les medias pseudo-libres basés sur les idéologies de ceux qui les financent n’étant pas le sujet de mes propos actuels, j’y reviendrai.

Il me semble donc bien utile après la tombée du vacarme, de voir brièvement à travers un examen des textes de l’Eglise afin de déterminer d’un coté si ce qui s’est passé est de l’ordre cohérent de la foi de l’Eglise et conforme à la norme ecclésiale en vigueur, et de l’autre si c’est d’une révolution copernicienne qui permettrait aux medias de transformer l’Eglise en une ONG distributrice de préservatifs ou en apologiste de l’avortement ou du mariage pour tous.

  • Quand l’illusion du temps et de l’habitus semble être la norme

L’histoire de l’Eglise ne nous offre pas beaucoup de cas de démission de pape. Selon les medias qui se mettent subitement en ecclésiologie, il existerait trois cas avérés voire cinq selon  le Point.fr dans son article intitule : » Benoît XVI : comment un pape peut-il démissionner ? »

Je peux vous assurer simplement  que le passé de l’Eglise, sainte et pécheresse, regorge de beaucoup de démission de Papes. Le plus souvent dans des situations rocambolesques, mouvementés et de pression.

Ceci dit, il faut reconnaitre que devant le nombre écrasant de pape qui sont morts en exercices, la démission d’un pape quoique présent dans l’histoire de l’église devient presque un épiphénomène voire inexistante. Comment ne pas comprendre le premier choc de cette nouvelle, si le dernier en date est celle de Grégoire XII il y a presque 600ans ?

Le temps et la rareté de cet acte ont en effet creusé en nous une disposition illusoire à considérer la papauté comme une fonction à vie.

La déception que cet acte courageuse a pu produire chez certains fideles catholiques relève, à mon avis, d’une norme collective mais illusoire qui s’est fixée en nous à travers le concours du temps mais aussi par l’habitude que la plupart des pontifes ont de façon personnels choisis de mener leur charge pontificale jusqu’à leur dernier souffle.

La norme qui se trouve dans les textes fondamentaux de l’Eglise, n’exige donc pas que le pape démissionne à un certain âge ou de mourir dans sa charge pontificale. Elle le met simplement devant sa conscience, sa liberté et la finitude même de l’être qu’il est.

Mais avant d’aller à ces textes notamment au « Droit Canon », faisons un virage pour nous poser une petite question mais tout de même théologique.

  • Dieu veut-il un Pape à vie ?

Une réflexion d’un prêtre que j’ai lu sur la Croix dans un article intitulé :  » La renonciation de Benoît XVI pourrait modifier la fonction papale »  m’a contraint joyeusement à ajouter ce paragraphe un peu théologique. Le P. Laurent Villemin, qui enseigne l’ecclésiologie et la théologie des ministères à l’Institut catholique de Paris affirme que : « Si Dieu ne veut plus du pape, il ne le fait pas forcément mourir. » Et il en déduit qu’ « On peut penser que la décision de Benoît XVI a été guidée par l’Esprit Saint, et qu’elle ne relève en rien d’un manque de foi. »

Dieu est la liberté en soi. Et si le pape reste un monarque, il reste cependant sous la volonté de Dieu. Le Christ l’unique Pasteur, peut effectivement conduire son Eglise sur les voix que nous ignorons. Et si nous sommes surs, que l’Esprit du Christ repose sur son vicaire, le Pape, il faut donc avec foi reconnaitre le signe de la volonté de Dieu dans cette décision courageuse de Benoit XVI.

Croire donc que la sacralité de la fonction du pape est liée à la mort du pape en tant que pape en exercice, serait toute autre chose, et peu être une foi macabre. Mais certainement pas la foi vivante de l’Eglise.

  • Les textes de l’Eglises : entre Liberté, Responsabilité et finitude de l’être humain

Le code de droit canonique nous donne une description physique et juridique  du pontife romain : notamment en ses articles 331 et 332. (Un petit tour même irrégulier sur www.vatican.va peut mieux nous aider à connaitre l’Eglise).

L’Évêque de l’Église de Rome, en qui demeure la charge que le Seigneur a donnée d’une manière singulière à Pierre, premier des Apôtres, et qui doit être transmise à ses successeurs, est le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église tout entière sur cette terre; c’est pourquoi il possède dans l’Église, en vertu de sa charge, le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement.  Can. 331

Le canon 331 nous présente ainsi  une description particulière d’une monarchie religieuse. Même si l’usage du mot « souverain » n’est pas utilisé dans les textes, le pape est bien un monarque dont l’extension du pouvoir est absolue. Ceci se reflète plus particulièrement dans le paragraphe trois du canon 332 : « Contre une sentence ou un décret du Pontife Romain, il n’y a ni appel ni recours. ».

Cette conception de la charge pontificale que nous avons dans le canon actuel promulgué par Jean-Paul II en 1983, n’est pas si différente du document  Dictatus papæ de Grégoire VII, même s’il ne faut pas confondre les visions qui les animent. Celui-ci traite du rapport entre le pouvoir temporel et le Saint Siege, en mettant l’accent sur une vision monarchiste absolue au siège de saint Pierre. La proposition 18e sur les 27 que contient ce document est assez significatif : « Sa [le pontife romain] sentence ne doit être réformée par personne et seul il peut réformer la sentence de tous. » ou encore le 9e « Que tous les princes baisent uniquement les pieds du pape. »

Toutefois ce pouvoir absolu et universel du Pontife Romain ne lui est pas donné directement par Dieu ni imposé par un tiers. Il reçoit indirectement ce pouvoir par l’intermédiaire de ses pairs et cela en toute liberté.

Le Pontife Romain obtient le pouvoir plénier et suprême dans l’Église par l’élection légitime acceptée par lui, conjointement à la consécration épiscopale.  C’est pourquoi, l’élu au pontificat suprême revêtu du caractère épiscopal obtient ce pouvoir dès le moment de son acceptation.  Et si l’élu n’a pas le caractère épiscopal, il sera ordonné aussitôt Évêque. Can. 332 – § 1.

On peut donc dire que devant cette charge divine, toute la place de l’humain y est présente. Et peut-être c’est ce pour quoi la démission est envisagée in extenso dans les textes :

« S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit. ». Can. 332 – § 2.

Le pape Benoît XVI  ce lundi 11 Février 2013 s’est conformé aux textes de l’Eglise en déclarant à ses pairs et à toute l’Eglise :

 C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Evêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire .

En somme pour nous fideles catholique, cet acte courageux de Benoît XVI ne doit pas créer en nous et entre nous de polémiques stériles. Les medias peuvent à cœur joie s’en livrer. Ils en ont besoin pour ventre et avoir des records de visites sur leurs pages web. Mais nous, nous devons dans la prière et la ferveur, accompagner ce pape dans sa retraite et dans sa souffrance physique tout en demandant au Saint Esprit d’assister davantage son Eglise dans l’attente d’un nouveau Pape.

 

Charles Lebon

À propos de Charles Lebon

Charles Le Bon Vodounon est un blogueur togolais qui a rejoint @Mondoblog dans ses premieres heures. Ancien religieux seminariste de la Congégration Saint Jean Bosco, il est diplomé de l'Institut Supérieur de Philosophie et de Siences Humaines (ISPSH Don Bosco) et de l'Université de Lomé. Son texte majeur de fin de cycle porte sur Friedrich Nietzsche dont il ne cesse d'approfondir la pensée. Il vit actuellement aux Etats-Unis où il approfondie ses études. Bien qu'immergé dans une société Anglophone, il continue l'effort d'alimenter son blog en francais afin de rester proche de la communauté francophone dont il est issu et dont il reste le plus proche en matière des questions relatives au développement et aux droits humains. Son engagement au blogging est guidé par cette citation d'Anatole France: « J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.» Extrait de "Le Crime de Sylvestre Bonnard" (1881). Lorsque la Sagesse, par le temps qui court, s'attable avec la Corruption, Charles Le Bon nous invite sur son blog à questioner nos quotidiens et les équations qui se posent à nous tous au moyen de la Folie.
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