Charles Lebon

Sortie de crise à l’Université de Lomé : l’intégralité de l’accord

Le président du MEET, ADOU Sébou, s'adressant aux étudiants ce matin

La crise qui secoue l’université de Lomé depuis plus d’un mois a connu hier tard dans la nuit un dénouement qui semble être heureux.

Je vous présente dans cet article l’intégralité de l’accord survenu hier entre le gouvernement, les autorités universitaires et les associations et mouvements estudiantins principalement le MEET (Mouvement pour Epanouissement de l’Etudiant Togolais).

Ce dernier, en tant que mouvement, n’a pas cru bon de signer l’accord sans au préalable consulter sa base.

Aujourd’hui donc, sur le campus universitaire s’est tenu une Assemblée Générale (AG) qui a permis au MEET de détailler les principaux points de cet accord.

Si la satisfaction prévaut sur les nombreux points, le MEET porte encore quelques réserves sur les points 2, 4,7 et 8 de la partie II portant sur le plan matériel. Des points sur lesquels, le MEET compte soumettre quelques propositions de modifications dans les jours à venir au Gouvernement.

Tout compte fait, nous pouvons dire que la crise estudiantine semble trouver irréversiblement une sortie de crise.

« On nous a bluffé de par le passé. Mais aujourd’hui nous avons décidé de prendre en main notre avenir »

Intervenant sur le crédit a donner à cet accord dans son application, le président du MEET, ADOU Sébou, a fermement insisté sur leur détermination à suivre et à contrôler l’application de cet accord : « On nous a bluffé de par le passé. Mais aujourd’hui nous avons décidé de prendre en main notre avenir » a-t-il déclaré avant de poursuivre avec un ton de mise en garde à l’endroit du Gouvernement : « Si l’accord n’est pas respecté, ce que nous demanderons sera la démission du Gouvernement ».

Ces déclarations qui se sont perdues dans un délire d’acclamation, révèlent tout à fait que la signature d’un accord en soi, ne résout pas la crise tant que l’application des différents points ne sera pas effective. A bon entendeur demi-mot !

Je vous invite donc à lire cet accord dans son intégralité suivi de quelques photos que j’ai prises aujourd’hui à l’AG du MEET (Ces photos ont été prises aujourd’hui à l’AG du MEET. Elles appartiennent à Togocouleurs et à Mondoblog)

Accord intervenu entre le Gouvernement, les autorité universitaires, le collège des délégués généraux et les associations et mouvements estudiantins de l’Université de Lomé.
Au terme des discussions les parties sont parvenues aux points d’accord suivants:


I- SUR LE PLAN ACADEMIQUE

1. Il sera organisé à l’intention des étudiants en transition de la Faculté de Droit, des examens spéciaux pour l’obtention soit de la Licence classique, soit de la Licence LMD ou les deux diplômes à la fois suivant le choix des étudiants. Les étudiants désireux de préparer une maitrise en Droit pourront continuer leur cursus dans toute autre université notamment celle de Kara.

2. Pour compter de l’année académique 2011-2012, les procès verbaux des examens de la session harmattan seront affichés avant l’organisation de l’examen de la session mousson. Le gouvernement s’est engagé à appuyer les autorités universitaires pour la mise en œuvre effective de cette mesure.

3. Les autorités universitaires ont accepté de faire au moins deux évaluations dans chaque unité d’enseignement (U.E) par semestre et de reprogrammer les unités d’enseignement fondamentales et les unités d’enseignement dans lesquelles il y aurait un faible taux de réussite sous la responsabilité des chefs de parcours.

4. A partir de la rentrée académique 2011-2012, il sera crée des cellules d’information dans les établissements de l’université de Lomé à l’effet de fournir aux étudiants tous les renseignements nécessaires à leur parcours. Les autorités universitaires ont pris l’engagement de rendre fonctionnelles ces cellules d’information.

5. A partir de l’année académique 2011-2012, il sera permis à un étudiants n’ayant pas validé certains prérequis, tout en ayant suivi les cours d’être évalué dans l’unité d’enseignement suivante. La détermination de ces prérequis est à la charge de chaque établissement.

6. Les autorités universitaires, les enseignants et les étudiants ont accepté de repousser l’examen du semestre mousson d’une semaine par rapport à la date préalablement établie. Ainsi, les examens commenceront le 18 juillet 2011 au lieu du 11 juillet.

7. Il sera délivré aux étudiants en 6ème semestre de Licence qui le souhaitent, une attestation afin de leur permettre de passer les concours d’accès à des formations spécialisées.

8. Une commission interministérielle est à pied d’œuvre afin d’établir l’équivalence entre LMD et la Maîtrise classique.

II- SUR LE PLAN MATERIEL

1. Le gouvernement a accepté le principe du rétablissement des bourses d’études universitaires en lieu et place du système actuel. Un décret sera pris pour rendre effective cette mesure à compter de la rentrée universitaire 2011-2012.

2. Le gouvernement a accepté d’octroyer au titre de l’année académique de l’année en cours une prime pour vie chère de 10.000 Fcfa. Le payement de cette prime a commencé depuis le 04 juillet 2011.

3. Le gouvernement a accepté d’octroyer une prime de soutenance aux étudiants qui ont introduit une demande au titre de l’année en cours.

4. Après concertation avec les autorités universitaires, il a été décidé de fixer à 4500 Fcfa le loyer des chambres individuelles et à 2000Fcfa, le loyer des chambres doubles.

5. Afin de résoudre le problème d’eau dans les cités universitaires, il est prévu quatre (04) forages pour l’Université de Lomé dont deux (02) pour le campus Sud. Les travaux seront réalisés pendant la période des vacances.

6. Afin de faciliter le transport des étudiants, le gouvernement a décidé d’acquérir dix (10) bus pour l’Université de Lomé et cinq (05) pour l’Université de Kara à partir du début de l’année 2012.

7. Le prix des repas au restaurant universitaire est fixé à 350 Fcfa soit 75 fr pour l’hors d’œuvre 200 fr pour le plat principal et 75 fr le dessert pour compter de l’année universitaire 2011-2012.

8. Les frais d’inscription académique sont fixés à 5000 fr par contre les frais d’inscription pédagogique sont fixés à 250 fr par crédit.

9. Un montant de 2,4 milliards est prévu sur le budget actuel pour la construction de nouveaux amphithéâtres et blocs pédagogiques polyvalents dans les universités de Lomé et de Kara.

10. Toutes les parties appellent à la reprise effective des activités pédagogiques à l’Université de Lomé afin d’achever l’année académique dans le calme et la sérénité.

Fait à Lomé, le 07 juillet 2011


Quelques photos de l’AG des étudiants ce 08 Juillet


Grande mobilisation autour des étudiants à Lomé : les images

Ces quelques photos que j’ai prises pour vous, reflètent la tension et les échauffourées qui ont eu lieu ce vendredi dans les rues de Lomé entre la population, qui est sortie massivement soutenir les étudiants, et les forces de l’ordre.

Cette manifestation, qui devrait être une marche pacifique qui conduira les étudiants au palais de la présidence pour qu’ils portent leurs doléances au chef de l’Etat, s’est transformée en un affrontement entre manifestants et forces de l’ordre.

Notons qu’en craignant que cette journée ne soit un vendredi noir, vu le soutien de la quasi totalité des parti politiques, de la société civile et des organisations de défenses des droits de l’homme, le gouvernement est revenu dans la nuit du jeudi 31 juin sur la décision d’exclure pour six (6) ans le président du MEET (Mouvement pour l’Epanouissement de l’Etudiant Togolais), Adou Sébou. Décision qui était l’un des motifs majeurs de l’appel à cette marche.

La révocation de cette décision d’exclusion étant prise, le MEET, lors d’une conférence de presse dans la journée, a renoncé à la marche et a répondu favorablement à une négociation, le deuxième durant cette crise estudiantine, avec le gouvernement à la primature à Lomé.

Vous pouvez reconnaître aussi sur ces photos, le colonel Yark, qui lors des échauffourées a initié une négociation, une sorte de trêve avec les manifestants dans les rues de Lomé, qui s’est soldée par un échec. Après son départ des lieux, une pluie de gaz lacrymogènes s’était abattue sur les manifestants.

Peut-être que ces images ne vous dirons pas assez grand-chose, puisque la répression, la violence entre presque dans la banalité.

Mais pour nous qui voulons que notre pays accède aux idéaux de liberté de paix, de justice, bref d’un bonheur accessible pour tout Togolais et au-delà pour tout terrien, ces évènements nous confortent à ne pas baisser les bras.

Notre joie, le sens même de notre existence, l’histoire que nous voulons bien construire, sera certainement notre détermination à laisser un monde meilleur et magnifique à la génération future.

Cette crise estudiantine qui n’a que trop duré est en fait une expression évidente du déclin du régime RPT et donc de son incompétence à engagé résolument le Togo sur la voie de la Liberté et du Bonheur.

La solution au Togo et ce qui nous reste, nous Togolais, non pas en partisan d’un quelconque parti politique que ce soit, mais en citoyen libre, à faire, je l’ai déjà dit dans un autre article : Il est impératif, dans la situation actuelle où les volontés de puissances et les médiocrités nous ont conduits, que Faure Gnassingbé et tout son système caduc quittent le pouvoir. Et nous devons leur retirer la canne de commandement.

Je termine cet article avec une citation de Victor Hugo, qui sur la tombe de Jean Bousquet, au cimetière de Saint-Jean, à Jersey le 20 avril 1853 disait :

« Amis, nos souffrances engagent Dieu. Il est débiteur fidèle, il s’acquittera. Ayons donc une foi virile, et faisons avec transport notre sacrifice. Opprimés de toutes les nations, offrez vos plaies (…) à la liberté du genre humain. »

• Les images (ces images appartiennent à Togocouleurs et à Mondoblog)

AHADZI-Nonou est le président de l'Universiré de Lomé

Le colonel Yark en négiciation avec les manifestants

au lion vous pouvez voir une fumée de gaz lacrymogène


État de non-droit au Togo : Peuple togolais ! Prenez en main votre destin!

Flamme de l'indépendance au momument de l'indépendance
Certains événements socio-politiques graves et inacceptables qui se déroulent au Togo, la terre de nos aïeux, me bouleversent profondément. Je suis à la limite très indigné. L’amour de ma patrie, notre terre à tous, est le motif premier qui m’a engagé à créer mon blog, ceci dans le but de montrer les multiples richesses surtout humaines et culturelles de mon pays.

Le Togo : un tableau en noir

Mais comme vous pouvez le constatez, si vous êtes un(e) fidèle lecteur (trice) de mon blog, la plupart de mes articles sur le Togo, le peignent en noir. Ceci n’est pas une volonté délibérée de ma part de noircir encore ce qui est déjà noir.

Tout simplement ces peintures sont la Réalité du Togo. La réalité du Togo est en noir, se noircir davantage et couvre de ténèbres les nombreuses réalisations brillantes et positives des Togolais.
Cet article que je consacre encore au Togo, mon pays, est une prise de position sans équivoque sur l’impasse socio-politique et économique.

La solution pour sortir le Togo de l’ornière

Cette prise de position se résume en une seule solution politique : l’alternance.

Cette alternance ne signifie pas un simple remplacement de Faure et du système RPT par un autre sans ambition, ni programme, ni vision. Cette alternance doit rimer avec le mot changement et revêtir le sens plénier du mot conversion qui signifie un changement de nature.

Et je l’assume, aucune élection ne peut garantir cette alternance.
Il est donc au prime abord impératif, dans la situation actuelle où les volontés de puissances et les médiocrités nous ont conduits, que Faure Gnassingbé et tout son système caduc quittent le pouvoir.

Ceci n’est pas une position partisane à l’effigie de quelque parti politique que ce soit, mais de ma propre vision en observateur et citoyen de mon pays.
Cet impératif auquel je suis arrivé est dû à certains faits et raisons :

La duperie de l’ère Faure

• J’ai jamais compris et espéré que Faure qui a accepté d’être présenté par des militaires voyous, à la mort de son père feu Gnassingbé Eyadema, devienne un jour abracadabra démocrate.
• Je n’ai jamais espéré que Faure, qui pour s’imposer après une élection frauduleuse en 2005, a tué pas moins de 1000 citoyens togolais, apporte à ce peuple le bonheur
• J’ai jamais espéré que Faure et le RPT apporte à des problèmes des solutions pérennes et humaines.

Les seules solutions dont-ils disposent, ce sont : mensonges, répressions, corruptions, diversions, roublardises. La preuve épatante est encore toute fraîche :

 A la crise qui mine l’Université de Lomé, depuis bientôt deux mois, il n’y a que répression et arrestation

 A la crise qui mine le secteur hospitalier, il n’y a que diversions, provocations, menaces de morts sur les dirigeants du SYNPHOT (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers du Togo) et arrogance.

 Aux nombreuses crises politiques : fuites en avant et répressions tout azimut sont les maîtres mots.

• J’ai jamais espéré que ce régime, dont la plupart des gros bonnets sont ceux qui détournent les fonds publics mais en même temps financiers des campagnes de Faure, soit en mesure d’enquêter, de traduire en justice et de punir les auteurs des cas avérés de corruptions et de détournements.

• Je n’ai jamais rêvé que sous ce régime, une quelconque commission de réconciliation arrive à réconcilier les Togolais. N’est-ce pas que c’est le premier rapporteur de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR- Togo), Ahadzi-Nonou, président de l’Université de Lomé qui a été incapable de dialoguer avec les étudiants ?

N’est-ce pas lui qui a accepté de transformer le campus universitaire en camp de forces de l’ordre ? N’est-ce pas lui qui vient de signer l’exclusion du président du MEET (Mouvement pour épanouissement de étudiant Togolais), qui n’a fait que porter le flambeau des revendications légitimes et justes des étudiants ?

Mais le plus significatif, c’est que ces faits et raisons qui me pressent à inviter mes chers concitoyens pour que nous nous mobilisions davantage pour le départ de Faure et de son régime autocratique, sont des pratiques quarantenaires. Même sur le plan humain à 40 ans, il est illusoire d’espérer que les caractères figés d’un homme subissent une quelconque transformation.

Mais la seule question qui devrait orienter notre lutte est de savoir : voulons-nous continuer par avancer vers la démocratie et le développement avec ces canards boiteux ? Même les canards boiteux se déplacent, quoique difficilement. Mais là, Faure et le RPT ont choisi délibérément d’être des poltrons et des boiteux.
Nous n’avons donc dans ce cas qu’une seule et unique solution : leur retirer la canne de commandement.

Faure, une jeunesse assez vieille et inactuelle

Une autre précision avant d’achever mes propos concerne les allégations de jeunesse et de dynamisme qu’on prêtre à Faure Gnassingbé.
Je crois que l’homme malgré ses 45 ans est déjà très vieux physiquement et psychologiquement.

Comment voulez-vous que ce garçon qui a été élevé comme un prince, qui a toujours vu des colonnes de Togolais mendiées des places de suzerain dans le royaume de son père, qui à toujours cru avec raison d’ailleurs voyant les nombreuses dithyrambes à l’adresse de son père feu Eyadema, que celui-ci est Roi et propriétaire du Togo, ait du respect et de la mesure envers ce peuple.

Le peuple doit faire la démonstration de sa souveraineté

Nécessairement, il a besoin d’une démonstration de la souveraineté de ce peuple. Le peuple pour exorciser son passé trop compromettant envers le pouvoir et pour mettre en garde tout autre régime, doit impérativement par une démonstration, donner une bonne leçon aux politiciens qui pensent manipuler à tout jamais tout un peuple.

Il est temps de mettre un point final à la comédie politicienne des roublards. Libre à ceux qui croient encore à des dialogues et aux élections d’aller s’asseoir sur des bancs crasseux de la perfidie et de la tromperie.

Et c’est pour tous ces faits et raisons, que j’interpelle tous les Togolais, à se mettre au pas d’un 14 juillet, à choisir le camp de l’Histoire, le camp du Développement et celui de l’Avenir.

Ne combattons pas en regrettant la bonne bière fraîche que nous ne pourrions plus prendre si jamais les bourreaux nous éliminent.

Mais voyons plus loin ! A travers notre lutte dans ces ténèbres, regardons au loin l’étoile qui pointe à l’horizon pour nos enfants, nos petits enfants et pour toute l’Afrique entière.
Que nous dit notre hymne:

« Que viennent les tyrans nos coeurs soupirent vers la liberté
Togo debout, luttons sans défaillance
Vainquons ou mourons mais dans la dignité »


Journée de contestation au Togo : les images des échauffourées

Cette journée du 16 Juin était sous un double événement :

• D’une part une marche de protestation de l’ANC et de ses alliées du FRAC pour contester le projet de modification des articles 13, 21, 116, 117 et 125 de la Constitution togolaise

• Et d’autre part un rassemblement des étudiants qui protestaient contre l’arrestation de leur président, ADOU Sébou, président du MEET (Mouvement pour l’Émancipation de l’Étudiant Togolais).

Et comme on pouvait s’y attendre les forces de l’ordre ont une fois encore fait montre d’une violence barbare inacceptable.
J’étais donc hier matin à Bè Kondjindji où devrait s’ébranler la marche de l’ANC et du FRAC.
Je vous propose quelques images que j’ai prises suite à la dispersion de la foule par les forces de l’ordre.

Des quartiers Bè à Akodessewa, Attikpodji, tout le boulevard du 13 Janvier, les voies étaient impraticables. Jusque très tard dans l’après-midi, les jeunes ont opposés aux forces de l’ordre une résistance vaillante. Selon un bilan provisoire dressé par les responsables du FRAC de Jean-Pierre Fabre, il y a une vingtaine de blessés dont 8 grièvement et une quinzaine d’arrestation.


Crises socio-politiques au Togo : Faure et son gouvernement dans l’impasse

Forces de l'ordre pour encadrer ou au besoin réprimer la marche
Le Togo connaît depuis quelques semaines un regain de soubresaut socio-politique qui risque d’accentuer la fracture entre la population et ses gouvernants.
A part les marches hebdomadaires du de l’ANC de Jean-Pierre Fabre et de ses alliés réunis au sein du FRAC, les étudiants et le corps médical se livrent eux aussi à un bras de fer avec les autorités du pays.

Le corps médical en grève

Le corps médical par la voix du SYNPHOT (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers du Togo) est à sa troisième grève en l’espace d’un mois suite à des négociations infructueuses avec les émissaires du gouvernement.
Que demandent-ils ? :
 Que nos CHU soient dotés de l’internet

 Que l’appoint annuel qui est une solution intermédiaire à la fixation des primes de risque réglementaire qui étaient de 3000 Fcfa part mois et par agent soit régulièrement versé

 Qu’il y ait un audit des centres de santés pour évaluer leur force financière dans le payement des arriérés de prime de garde

 Que le statut particulier du corps de la santé qui est l’élément essentiel du mouvement soit adopté

Ces quatre points étaient déjà acceptés par le gouvernement qui avait promis leur réalisation en Août 2010. Et bientôt un an de plus nous voilà toujours dans le dilatoire. Mais le manque de volonté, de vision et de cohérence dans la gestion de la res publica fait déjà payé le prix fort à cette paisible et courageuse population qui se voit depuis le mois dernier refouler dans les centres de santé pour motif de grève.

Pyramide de risque dressée à l'entrée du CHU Tokoin de Lomé


• Les étudiants ne décolèrent pas

A ce mouvement du corps médical s’ajoute la grogne des étudiants de l’université de Lomé qui depuis la fin du mois dernier ne cesse de se faire entendre. Ces étudiants, comme je l’ai déjà souligné dans un autre article, protestaient contre la mauvaise application du système LMD.

Après la fermeture de l’université suite à de grave répression policière, je mettais déjà en garde les autorités afin qu’ils trouvent des solutions idoines aux revendications des étudiants, faute de quoi à la réouverture on serait encore au statu quo. Et bien après une parodie de réunion de sortie de crise qui a accouché qu’une souris, nous voilà encore loin d’une sortie de crise.

Cette semaine, après la réouverture de l’université décidée le jeudi 06 juin passé, la répression policière continue par être la méthode de sagesse que le gouvernement et les autorités universitaires privilégient.

Ce jeudi matin suite à une énième répression des étudiants qui prévoyaient porter leur doléance au chef de l’Etat, le président du MEET (Mouvement pour l’Emancipation de l’Etudiant Togolais), ADOU Sébou et l’un de ses collaborateur ont été arrêté après avoir été roué de coups par les forces de l’ordre.

Cette méthode de répression, digne d’un régime en dégénérescence, pour ma part m’attriste du fait que l’emploi de la force pour essayer de résoudre une crise dans un milieu intellectuel est tout simplement l’échec de la raison.

Tout ce que les étudiants demandent se résument en deux mots : avoir les conditions minimales pour pouvoir offrir le meilleur d’eux-mêmes et être des hommes de qualité pour la relève de ce beau pays, notre terre à tous.


• La société civile et la classe politique se met sur le qui-vive

Ces deux crises, médicale et estudiantine n’ont pas encore fini de donner du fil à retordre au gouvernement que déjà il se met à dos la classe politique et la société civile.
En effet un projet de loi doit être présenté ce vendredi à l’Assemblée nationale pour adoption. La particularité de ce projet de loi consiste en la modification de la Constitution togolaise notamment en ses articles 13, 21, 116, 117 et 125.

La classe politique et la société civile dans leur ensemble ont déjà fait savoir au gouvernement RPT-UFC leur opposition à toute modification de la loi fondamentale du pays qui ne serait pas consensuelle.

Aujourd’hui l’ANC et ses alliés du FRAC prévoient de faire une marche de protestation qui les conduira à l’Assemblée Nationale.
Pour votre information, je vous propose in extenso les nouveaux articles 116 et 117 qui font du Président de la République le président du Conseil supérieur de la magistrature.

Articles 116 : Le Conseil supérieur de la magistrature est composé de onze (11) membres, dont trois (3) membres de droit et huit (8) membres élus :

Les membres de droit :
 Le président de la République
 Le ministre de la justice
 Le président de la Cour suprême

Les membres élus :
 Deux (2) magistrats de la Cour suprême, élus par leurs pairs ;
 Deux (2) magistrats de la Cour d’appel, élus par leurs pairs ;
 Deux (2) magistrats des tribunaux, élus par leurs pairs ;
 Un député élu par l’Assemblée nationale au bulletin secret ;
 Une personnalité n’appartenant ni à l’Assemblée nationale, ni au gouvernement, ni à la magistrature choisie par le président de la République en raison de sa compétence.
Le Conseil supérieur de la magistrature est présidé par le président de la République. Le ministre de la justice est le vice-président. Il peut suppléer le président de la République.
Les magistrats membres du conseil, à l’exception du président de la Cour suprême, sont élus par leurs pairs au bulletin secret. Les membres du Conseil supérieur de la magistrature sont nommés pour un mandat de (4) ans renouvelable une seule fois.


Article 117
: Le Conseil supérieur de la magistrature statue comme conseil de discipline des magistrats.
Lorsqu’il siège en formation disciplinaire, la suppléance du président de la République est assurée par le magistrat le plus ancien dans le grade le plus élevé, membre du conseil. En tout état de cause, la suppléance du président de la République ne peut être assurée par le président de la Cour suprême ou de l’une des chambres de la Cour suprême.
Les sanctions applicables ainsi que la procédure sont fixés par une loi organique.

En observateur de l’actualité de mon pays, je peux dire que toutes ces poches de protestations, ajoutées au phénomène de la vie chère qui est très prononcé dans le pays et des nombreuses maladresses de Faure et de son régime, n’augurent rien de stable pour l’avenir du pays.

Nous sommes assis sur une dynamite qui n’attend qu’une flamme. Mais je crois que nous avons la possibilité de nous ressaisir et d’engager résolument notre pays bien aimé sur la voie du renouveau sans trop casser les œufs.

Tout ceci ressemble aussi aux symptômes qui caractérisent l’usure du pouvoir. Il est vrai que Faure n’est qu’à son deuxième mandat, mais il représente un système qui a déjà assez vieilli.

Faure et les caciques du pouvoir RPT doivent commencer par tirer les conclusions de ces différentes grognes et envisager sérieusement la possibilité de quitter le pouvoir en assurant une transition pacifique à l‘approche des élections présidentielles de 2015.


Crise estudiantine au Togo: P.V. de la réunion de sortie de crise


Ce procès verbal qui a sanctionné la réunion tripartite: gouvernement, autorités universitaires et représentants des étudiants, ce lundi 06 juin à la Primature à Lomé, est tout sauf une sortie de crise. Notons que cette réunion s’est tenue après une semaine de crise à laquelle j’ai déjà consacré un article.

Déjà ce matin, au moment où certaines associations estudiantines thuriféraires du pouvoir considèrent ce P.V. comme un accord, d’autres comme le MEET (Mouvement pour l’Émancipation de l’Étudiant Togolais, ne reconnait d’autre pouvoir à ce P.V. que celui d’un simple P.V., et appelle déjà les étudiants à la vigilance.
« Nous ne nous laisserons pas distraire » a plusieurs fois martelé le président du MEET invité à une émission radio ce matin.

D’autre part, l’ULEETOD (Union Libre des Étudiants et Élèves du Togo et de la Diaspora), qui n’a pas été associée aux discussions ayant conduit à ce procès verbal, rejette en bloc celui-ci. Elle appelle par ailleurs à un sit-in demain mercredi à 7h30 devant le campus universitaire de Lomé pour permettre aux étudiants chassés des cités de regagner leurs chambres.

Lisez à présent l’intégralité de ce procès verbal qui fait déjà polémique.

Procès verbal de réunion

Une séance de travail a réuni, ce jour 06 juin 2011 à la Primature des membres du gouvernement, des autorités de l’université de Lomé ainsi que des représentants des étudiants.
L’objectif de la rencontre était de rechercher des solutions aux problèmes qui ont conduits récemment à la fermeture de l’Université de Lomé.

Les discussions ont essentiellement porté sur les questions d’ordre académique et matériel contenues dans les plateformes de revendications soumises par les organisations estudiantines.
Aux termes des échanges, un consensus s’est dégagé sur les points suivants:

1- Questions académiques

Les représentants des étudiants ont unanimement réaffirmé leur adhésion au système LMD, mis en œuvre dans les universités du Togo depuis 2006.
Toutefois, ils ont fait valoir la nécessité de tenir compte de la situation des étudiants en transition, c’est-à-dire, ceux ayant commencé leurs cursus dans le système LMD.

Ils ont souhaité à cet égard qu’une session spéciale de rattrapage soit organisée pour leur permettre d’achever leur cursus, conformément à l’ancien système.

Il est apparu dans les débats qu’en réalité cette revendication était justifiée par la crainte que le nouveau diplôme obtenu dans le système LMD, ne confère pas les mêmes ouvertures sur le plan professionnel que les diplômes classique (Licence, Maitrise).

A ce sujet, le gouvernement s’est engagé à prendre les mesures appropriées qui seront proposées par le comité interministériel chargé des questions de diplômes et de classement dans la fonction publique.
En ce qui concerne la revendication relative à la restauration systématique des sessions de rattrapage, il est apparu au cours des débats qu’une telle option est difficile à mettre en œuvre en raison des effectifs et des infrastructures actuels.

Cependant, il a été recommandé que les établissements s’efforcent de les reprogrammer pour les unités d’enseignement fondamentales.

Dans le même ordre d’idée, il a été recommandé aux concepteurs des programmes de formation de ne pas multiplier les pré-requis et de ne s’en tenir qu’à ceux qui sont indispensables. Il a été admis qu’avoir suivi l’unité d’enseignement précédente (UE) même sans l’avoir validée peut suffire pour suivre l’UE suivante.

2-Sur les questions matérielles

-Le principe de la restauration de la bourse d’études a été accepté. Pour la définition des critères d’attribution, la commission en charge de la question sera élargie aux représentants des étudiants.

Une commission, comprenant les représentants des étudiants, sera mise en place pour faire des propositions au gouvernement en vue de l’amélioration des conditions de vie dans les universités du Togo.

Les représentants des organisations estudiantines ont exprimé leur vif souhait de voir l’Université de Lomé reprendre ses activités afin de permettre aux étudiants de finir dans la sérénité l’année académique 2010-2011.

Ils ont par ailleurs, regretté les violences qui ont émaillé leurs mouvements de revendications.

A l’issue des discussions, les différentes parties prenantes ont pris l’engagement de tout mettre en œuvre pour la réouverture dans les meilleurs délais de l’Université de Lomé.

Fait à Lomé, le 06 juin 2011
Ont signé:
Pour le Gouvernement
Le Ministre d’Etat, Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative,
M. Esso SOLITOKI
Pour la Présidence de l’Université de Lomé
Le Président,
Pr. AHADZI-NONOU Koffi
Pour les représentants des étudiants
ADOU Sébou, Président du MEET
ALOU Yawo Kpayidra, Délégué Général des étudiants de l’Université de Lomé
HOUNTONDJI Dodji Yaovi, Président de l’UETO
TIANKPA Yakoubou, Président du HaCAME


Manifestations des étudiants au Togo: J’ai vécu un mauvais quart d’heure

Hier j’étais présent à une manifestation de protestation des étudiants à Lomé pour être témoin oculaire et auriculaire de la répression qui depuis la semaine dernière s’abat sur eux.

Avec mon androïd, j’essayais de prendre des photos dans le tumulte lorsque je fus interpelé par deux personnes robustes, genre CIA, qui m’ont conduit devant une voiture 4×4.
Ceux qui m’ont conduit à la voiture ont dit à une autre personne visiblement le « boss »: « Il fait des films? »

Et le boss m’interpelle: « et toi, donne-moi ton appareil ». Ce que je fis sans discuter. Après un moment de tentative vaine pour entrer dans le menu galerie où se trouvent les photos, il m’ordonna de lui montrer les photos. Je crois qu’il doit être certainement  analphabète en ce qui concerne les nouvelles technologies.
Je lui montrais donc la galerie des photos qu’il consulta minutieusement.

Ma seule chance, si je peux dire, a été de n’avoir pas encore pris de photos à l’instant où je fus interpellé.

Après que le « boss » n’ai rien trouvé qui pouvait me déférer à la prison civile pour passer un interrogatoire musclé, il me demanda ce que je fis précisément en cet endroit. Je crois qu’il n’est pas du genre à croire au hasard.
Je lui dis dis que je suis simplement un passant. Ce qui, sur intervention des deux autres qui m’avaient appréhendé, leur passait pour un mensonge passible de tortures.

Sans transition il me demanda si je suis étudiant. Non, lui répondis-je, car ayant déjà passé l’étape.

« Alors me dit-il, va conseiller tes frères étudiants pour qu’ils rentrent chez eux ».

Mais pour faire une telle mission à l’improviste, il faudrait qu’ils puissent me donner l’accord pour rassembler les centaines d’étudiants que la forte présence des forces de l’ordre a fait disperser dans les coins de rues.
Permission que je n’ai évidemment pas osée demander, préférant seulement prendre mon appareil et me faufiler entre la détermination des étudiants et la rage des éléments de sécurité.

Ce « mauvais » quart d’heure que j’ai passé pouvait bien être dramatique. Ai-je eu de la chance? Je ne sais pas.

Mais cette expérience me rappelle que ma volonté de communiquer dans mon pays et de montrer entre autres le vrai visage de notre régime qui sous des formes plus trompeuses et sournoises, n’attend pas pour nous servir la « Liberté », sur un plateau d’argent, reste une démarche dangereuse.

Cette expérience me rappelle celle beaucoup plus grave de ma collègue blogueuse Ariniaina« passé 24 heures au violon »

Mais comme je l’écrivais en commentant cette expérience d’Ariniaina, je le redis à l’occasion: « L’aventure que nous menons est et sera toujours jonchée d’expérience malheureuse. Mais nous devons poursuivre ce chemin, car c’est l’unique qui nous mènera vers des lendemains où l’être humain retrouvera sa valeur absolue.
Le plus fort, ce n’est pas le bourreau. Le bourreau peut nous ôter même la vie, mais il ne peut lui gouter à cette joie de combattre aux côtés de la justice, de la vérité et de l’Homme-anobli.
Ils nous font du mal comme ils le font à plusieurs  personnes, mais ce que nous faisons, nous le faisons pour tous y compris pour le bien de leurs enfants
. »

Mais de votre côté, chers lecteurs, nous n’avons besoin de rien d’autre de votre part que de contribuer à cette volonté d’informer qui nous anime. Et votre contribution est simple: cliquez sur « j’aime », commenter nos articles (en apportant vos points de vue » et abonnez-vous à notre news letters sur nos pages d’accueil.

Sans vous, nous nous sentirons seuls, faites avec nous « communauté » pour ne pas donner la chance « aux loups » de décimer la bergerie de la liberté.

Peut-être que un jour si l’un de nous est arrêté, torturé etc…, vos cris à travers le monde essayerons de nous libérer.


Grogne des étudiants au Togo: l’Université est fermée

Le gouvernement togolais, pour confirmer son incapacité à gérer les violences de ces derniers jours à l’université de Lomé, a nuitamment hier décidé « la fermeture jusqu’à nouvel ordre » de celle-ci.

En effet pendant deux jours consécutifs, les étudiants ont crié leurs mécontentements en organisant une Assemblée Générale sur l’initiative du MEET (Mouvement pour l’Émancipation des Étudiants Togolais) afin de définir des stratégies pour revendiquer leurs droits.

Deux des principales revendications des étudiants concernent le système LMD (Licence-Master-Doctorat) et l’octroi des bourses.
Concernant le système LMD, système anglo-saxon introduit à l’université de Lomé depuis 2008, les étudiants n’y sont pas fondamentalement contre. Ils déplorent et dénoncent plutôt le fait que les préalables pour une bonne application de ce système ne soient pas réunis.

L’université de Lomé compte actuellement 40 000 étudiants alors que les infrastructures existantes, en tenant compte de l’organisation et la programmation des cours, ne peut accueillir dans les normes que la moitié de cet effectif.

Il est même d’habitude que pendant un cours, sur 100 étudiants, 30 seulement peuvent trouver de places inconfortables dans la salle et que les 70 autres se débrouilleront au dehors de la salle.

Comment dans ces conditions le système LMD qui requiert entre autres une personnalisation des études créant également une relation personnalisée entre le professeur et l’étudiant peut-il prendre forme?

La deuxième principale revendication est la réintroduction des bourses. Actuellement, les étudiants ne perçoivent qu’une somme dite « aide aux étudiants » en raison de 30€ chaque deux mois.

Ce sont ces quelques revendications qui ont amené les étudiants en Assemblée Générale.

Mais comme au Togo tout rassemblement, qui n’est pas fait avec chants et danse, discours dithyrambiques et applaudissements sonores en honneur au chef de l’État, roi ad vitam du Togo, est considéré comme une rébellion, une conspiration envers la sureté de l’État, cette assemblée générale des étudiants a été réprimée pour préserver la paix nationale et l’ataraxie intellectuelle.

Cette répression a conduit comme toute attente à une rare violence sur le campus universitaire de Lomé avec plusieurs blessés et quelques arrestations.

Peut-être pour prévenir tout mouvement révolutionnaire à l’exemple des pays arabes et de notre voisin le Burkina-Faso, le gouvernement n’a trouvé que cette petite porte éphémère et dangereuse de sortie de crise en fermant l’université.

Mais d’ici-là si les revendications ne sont pas prises en compte et analysées minutieusement, afin d’apporter des solutions idoines et pérennes; et sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets, il ne sera pas étonnant que ces violences resurgissent à la réouverture de l’université de Lomé.


Togo: Tortures à l’ANR, Lettre ouverte adressée à Faure Gnassingbé

Je vous propose ici la lettre ouverte adressée par des Organisations de Défense des Droits de l’Homme (ODDH) au chef de l’Etat Faure Gnassingbé, des pratiques de tortures à l’Agence Nationale de Renseignement (ANR).

Je vous précise que en pleine polémique sur des cas avérés de tortures à l’ANR, Faure Gnassingbé ne s’est pas empêché de décorer lors des festivités de l’indépendance le colonel Massina Yotrofei. Et dire que l’armée nous a ouvert ses portes en guise de « conversion »! Que les dupes y croient! Lisez plutôt cette lettre ouverte.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Les de Défense des Droits de l’Homme (ODDH): l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-TOGO), l’Association Togolaise des Droits de l’Homme (ATDH), l’Association Togolaise pour la Défense et la Promotion des Droits de l’Homme (ATDPDH), le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT), la Coalition Togolaise des Défenseurs des Droits de l’Homme (CTDDH), Amnesty International-Togo (AI-TOGO), La Ligue Togolaise des droits de l’Homme (LTDH), Journalistes pour les Droits de l’Homme (JDHO), et Nouveaux Droits de l’Homme (NDH-TOGO), viennent, par la présente, vous exprimer leurs vives préoccupations concernant le fonctionnement et les pratiques ayant cours au sein de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR).

En effet, des allégations d’actes de torture, et de détentions arbitraires de plus en plus récurrentes ont été portées à notre connaissance, notamment dans les affaires Kpatcha GNASSINGBE, Bertin Sow AGBA et d’autres citoyens togolais, voire des étrangers.

Les Organisations de Défense des Droits de l’Homme soussignées affirment que tous ces actes sont illégaux et contraires aux droits et libertés fondamentaux de l’Homme dans la mesure où ladite Agence outrepasse sa compétence.

En effet, conformément au Décret N°2006-01/PR du 26 janvier 2006, il ne relève pas des attributions de l’Agence Nationale de Renseignement de détenir des personnes quel que soit ce qu’il leur est reproché. Pourtant, les cas sont nombreux où des citoyens togolais ont été, soit arrêtés à leur domicile ou à leur lieu de travail, soit retenus dans les locaux de l’Agence après s’y être volontairement rendus sur convocation et subissent des actes de tortures et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants.

Nous qualifions ces arrestations et ces détentions d’arbitraires et d’abusives, les locaux de l’ANR ne devant pas servir en aucune manière de lieu de détention.

Plus inquiétant, ces détentions se pratiquent sans aucune intervention des juridictions compétentes, particulièrement le Ministère Public qui a le monopole des poursuites en la matière et ne s’apparentent pas moins à des mesures de garde-à-vue mais bien plus s’assimilent à des peines privatives de liberté.

Enfin, il a été porté à notre connaissance que des actes de torture ainsi que des traitements cruels, inhumains et dégradants sont pratiqués dans ces locaux.

Or, en aucun cas et sous aucun prétexte, de tels actes ne sont admissibles comme en témoigne le caractère absolu de l’interdiction posée par l’article 5 dela Déclaration Universelledes Droits de l’Homme ainsi quela Conventioncontre la torture, ratifiée par le Togo.

Les ODDH signataires de la présente lettre ouverte ayant constant à l’esprit que cette Agence dépend entièrement dela Présidencedela République, sont en droit de conclure que les exactions qui y sont commises vous impliquent par directement.

Pour toutes ces raisons, nous, organisations de défense des droits de l’Homme, avons souhaité porter à votre connaissance le caractère illégal et hautement répréhensible des actes et pratiques auxquels se livre l’Agence Nationale de Renseignement.

Cela nous a paru indispensable dans la mesure où, l’Agence étant « placée sous [votre] autorité directe », vous êtes le seul à détenir le pouvoir de faire cesser de tels actes.

Vous rappelant que lors de sa 101ème Session tenue à New York aux Etats-Unis du 14 mars au 1er avril 2011 sur « l’Examen des rapports soumis par les Etats parties conformément à l’article 40 du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques », le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies s’est, au point 16 de ses « Observations finales » concernant le TOGO, « préoccupé par les allégations de torture et de mauvais traitement en détention, notamment dans les locaux de l’Agence nationale de Renseignement (ANR) et par certaines allégations de décès résultant de mauvais traitements en détention. Le Comité déplore l’absence de réponse de l’Etat partie sur le nombre de plaintes déposées pour torture ou mauvais traitements et le manque de suivi de ces plaintes. Il déplore également le manque d’enquêtes effectuées afin d’apporter la lumière sur les cas de décès en détention (article 6, 7 et 2). »

Le comité a ainsi recommandé que « L’État partie (le TOGO) devrait prendre des mesures afin d’enquêter sur toutes les allégations de torture et mauvais traitements ainsi que sur tout décès survenu en détention. De telles enquêtes doivent être diligemment menées afin de traduire les auteurs en justice et d’offrir des réparations utiles aux victimes ».

Les Organisations de Défense des Droits de l’Homme, par conséquent, exigent de votre part et ce, dans un délai raisonnable :

– La clarification du statut, du rôle, des prérogatives et du fonctionnement de l’Agence Nationale de Renseignement ;

– L’autorisation aux ODDH soussignées à visiter périodiquement et de manière inopinée les locaux de l’Agence Nationale de Renseignement afin de rassurer l’opinion nationale et internationale sur la nature des activités effectuées dans cette Agence ;

– La cessation immédiate de tous les actes de torture, exactions et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants commis sur des personnes incarcérées dans la dite Agence ;

– Le transfert immédiat et sans délai de tous les détenus qui sont encore dans les locaux de l’Agence Nationale de Renseignement, que ce soit dans l’affaire Kpatcha GNASSINGBE ou dans d’autres affaires dans les centres de détentions habilités à les accueillir.

En cas de refus de votre part de satisfaire à ces doléances, les ODDH soussignées se verront dans l’obligation d’interpeller l’opinion nationale et internationale, notamment le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, le Procureur Général près la Cour Pénale Internationale (CPI) pour l’ouverture d’une enquête sur les cas de torture et toutes les autres formes de traitements cruels, inhumains et dégradants qui se commettent au sein de l’Agence Nationale de Renseignement.

Dans cette attente, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre plus haute considération.

Pour les Organisations des Droits de l’Homme

ACAT-TOGO: Me Jil-Benoît AFANGBEDJI

AI-TOGO: Aimé ADI

ATDH: Etsri Hihédéva CLUMSON-EKLU

ATDPDH: Mme Ayélé Mawouéna DOGBE

CACIT : Me Zeus Ata-Messan AJAVON

CTDDH : Komlanvi Carlos KETOHOU

JDHO: Bonaventure MAWUVI

LTDH: Me Raphaël N. KPANDE-ADZARE

NDH-TOGO: Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON.


Les fables de mon village: une école dans l’oubli

L’un de mes exercices spirituels de prédilection est la contemplation de la voûte céleste. Rassurez-vous je ne suis pas un mage ni un astrophysicien. Pour moi c’est un spectacle ineffable que de contempler le ciel criblé d’étoiles en des périodes de pleine lune.

Une vision nostalgique

Hier soir, je m’adonnais à cet exercice, plongé dans l’extase que m’offrait le clair de lune, quand je fus entrainé comme dans un songe par des souvenirs d’enfance faits de contes, de chants, de danses et de jeux.
Ces souvenirs ont surgi dans mon présent éphémère et fugace en cet instant où le ciel, drapé dans son manteau étoilé, ne présentait aucune usure du temps. C’était un tableau d’éternelle jeunesse que je contemplais. Ce ciel plus brillant que lorsque j’avais 5 ans, créait en moi un paradoxe de sentiment de joie insaisissable et d’angoisse nostalgique.

Lomé à l’époque

Je suis de la promotion des nouveau-nés des années 80. Je suis né à la capitale Lomé. Mais la Lomé de mon enfance avec celle d’aujourd’hui n’ont rien de parallèle.

Lomé, la capitale du Togo, la grande ville de mon enfance, n’était en réalité qu’un gros village.

L’électricité était rare sinon rarissime. La télévision n’était pas à la portée de toutes les familles. Un poste téléviseur est souvent dévoré par des dizaines de pairs yeux venant d’un peu partout du quartier. Il n’y a d’ailleurs qu’un seul office de télévision (la télévision togolaise TVT) et une seule radio (la radio Lomé).
La communication était donc un luxe et s’était pour les riches gros ventres du quartier qui ne s’empêchaient de faire de leurs postes téléviseurs des appâts pour les jeunes filles.

Du coup nos grands moments et les plus fréquents de divertissement ne se faisaient pas les yeux plongés, le soir, dans l’écran de télévision. Nos divertissements étaient bien ailleurs et bien meublés.

Ces soirées de contes

Les soirs, pendant les clairs de lune, après le diner, nous nous réunissons autour de Nagan, la vielle de notre maison (ici nous étions dans une maison de location). Les uns se regroupant par genre ou par affinité. Les autres comme moi plus petits, blottis contre nos mamans, la tête posée sur leurs genoux pour mieux s’y accrocher lorsque comme il arrive trop souvent, l’histoire contée comportait des génies de la brousse dont on avait tellement peur.

La plupart de ces récits sont des fables où interviennent des animaux: le lion incarnant la force et parfois l’injustice, le lièvre la ruse, la tortue la patience ou la prudence… Ces récits ouvraient nos yeux d’enfants sur des mondes féeriques où tout est enchanté mais aussi parfois dramatique: les animaux qui parlent entre eux, avec les humains; des objets inanimés, la lune, la pierre… qui ont la parole; la forêt, la mer, les fleuves qui à travers ces récits nous livrent leurs secrets, leurs habitants: des génies, des dieux, des déesses qui souvent incarnent la justice.

Ces trésors de savoirs enfouis en moi, m’ont très tôt rapproché des fables de la Fontaine, qui pour moi n’étaient qu’un recueil des fables de mon village.


• Ces soirées, une vraie école

Ces récits où le fabuleux se mêle au vraisemblable est une véritable école de cosmogonie et de morale.
L’aspect cosmogonique de ces récits tout en nous initiant au mystère des éléments de la nature, avait le mérite de satisfaire les nombreuses questions que nos parents n’arrivaient pas à répondre.
Lors de ses soirées de contes, de chants et de danse, le conteur ou le fabuliste avait un but aussi didactique. Ces soirées étaient une école informelle qui nous préparait indirectement à la vie sociale et à son intégration.

Nous pouvons donc affirmer avec Louis-Vincent Thomas et Réné Luneau dans La terre africaine et ses religions, que ces moments de contes représentaient bien un système éducatif « dont le but évident est d’unifier puis de ren-forcer le moi tout en l’aidant à se situer dans l’univers cosmique et le monde social » (THOMAS Louis-Vincent, LUNEAU René, 1986:40).

Un autre aspect de ces récits ou bien du conteur que je veux bien souligner est la force de l’oralité.
La force de la parole rythmée, mesurée et prononcée; cette parole qui servait de canal au récit est en soi l’élément rhétorique qui catalysait nos attentions et nous laissait sur notre soif.

Ces souvenirs emportés par le vent de la modernité

En somme j’ai essayé avec des mots qui sont loin des images de ma contemplation, de vous rendre compte de ce qui créait en moi un sentiment de joie insaisissable et d’angoisse nostalgique.

Après la disparition de cette vision nostalgique, il ne me restait qu’une angoisse sidérante.

Cette vision a en effet disparu avec son contenu. J’ai cherché en vain si dans ma société actuelle, pareil moments se vivaient encore, si ces joies d’écouter le soir au clair de lune des histoires racontées par des vielles édentées étaient encore la prédilection de la nouvelle génération d’enfants.

Mais hélas! Qu’est-ce que je vois? Des vieillards aux bébés, ils sont à la télé, plongeant leur nez et âme dans l’écran. Qu’est-ce que je vois? Des enfants prenants d’assauts les clubs de jeux vidéo.

Ont-ils tort? Ont-ils raison? On me dit : »mais ne vois-tu pas que le monde évolue, que les choses changent, que nous aussi Africains, sommes dans la modernité, qu’il nous faut bien s’insérer dans l’Histoire pour éviter les coups de gueule d’un Sarkozy!!! ».

Ah, oui je vois, je comprends. Mais mon angoisse, ma nostalgie, mon amertume amère reste bien vivace tant que ces souvenirs saisissants de mon enfance resteront dans mon cœur.